Vous tuez le journalisme au Togo

profession-journaliste1Pour commencer, j’avais déjà annoncé que je ne blogguerai plus ( encore faut-il que je puisse me taire sur certaines énormités). Mais volontiers, je brise ici ma promesse pour encore faire ma garce. et devinez quel est mon sujet: le journalisme au Togo ou mieux, ceux qui tuent ce métier dans ce pays.

Avant tout, je suis aussi journaliste ( de profession et de formation). Et ça me tue, certaines pratiques que je rencontre depuis que je suis dans la communication des organisations. J’ai eu à le dénoncer plusieurs fois, quitte à me faire détester. Mais comme aujourd’hui, des comportements de soi-disant journalistes au Togo me désolent et je m’inquiète forcément pour cet métier qui à la base est un métier noble.

On est tous d’accord que les conditions d’exercice du journalisme au Togo sont exécrables ( comme pour la plupart des métiers du secteur privé). Et pour qui est vraiment ambitieux, à part ne pas mourir anonyme, je ne vois pas une raison valable d’embrasser ce métier, lol. Mais, quand on le choisi, c’est-à-dire que quand informer devient pour vous une passion, alors le minimum que vous puissez faire, c’est respecter son gagne pain.

Vous allez sûrement vous demandez pourquoi cette litanie ce matin?

C’est juste parce que j’en ai marre d’entendre certaines énormités sur le terrain ou de supporter les attitudes déplacées et honteuses des journalistes sur les lieux de reportage. Ce matin, je cible particulièrement les journalistes de médias d’état. Y en a marre de supporter leurs attitudes puériles et irresponsables. On dirait qu’ils n’ont pas de salaire à la fin du mois et ne comptent que sur les miettes à eux jetées sur les lieux de reportage. Ils réclament, et avec insistance, de l’argent sur les lieux de reportage. Et quand vous leur dites que ce n’est pas prévu, ils vous menacent de ne pas diffuser votre sujet. Si à la fin d’un reportage, vous entendez leur formule  » Ni vu, ni connu », c’est que votre reportage ne sera jamais diffusé. Et c’est des menaces souvent ouvertement lancés aux organisateurs.

La plus récente jérémiade que j’ai entendu:

Vous ne savez pas que nous sommes les médias d’états et vous n’avez rien prévu pour nous? Votre reportage c’est ni vu ni connu.

Or justement, il n’est écrit nulle part que les journalistes des médias d’état doivent compléter leur salaire sur les lieux de reportage.

En même temps, ils ne sont pas les seuls: plusieurs fois, j’ai reçu de coup de fil d’un ou plusieurs rédacteurs en chef dont je retranscris ici les propos:

Comme ça, c’est vous qui avez osé ne rien donner aux journalistes sur le terrain, vous verrez comment je traiterai de votre reportage.

Ou encore ce message que j’ai reçu avec plusieurs relances:

Bonjour Madame Marthe. A ce jour, le …  n’a pas honoré ces engagements envers le journal … qui se résument à 5000f …

Ce qui m’inquiète

Je le dis haut et fort, l’avenir de ce métier face à des gens que des miettes  intéressent plus que la passion d’informer. Oui, on me parlera de salaire insuffisant, de métier ingrat… et je ne sais quoi encore. Si ce métier ne vous fait pas vivre, pardon quittez-le. Tout le monde n’est pas appelé à être journaliste. Dans les textes fondamentaux du journalisme au Togo, l’article 6 du Code de déontologie stipule clairement que:

Le journaliste, dans l’exercice de ses professions, est tenue, de refuser de l’argent ou tout autre cadeau

 Le même code de déontologie à son article 23 stipule que:

en considération de la délicatesse de sa fonction et de ses responsabilités, le journaliste a droit, non seulement au bénéfice des conventions collectives, par ailleurs inexistantes au Togo, mais aussi à un contrat individuel assurant sa sécurité matérielle et morale, ainsi qu’à une rémunération correspondant au rôle qui est le sien et pour garantir son indépendance économique.

Pour reprendre le confrère Burkinabé Arsène Flavien Bationoil n’y a rien de plus pernicieux pour un journaliste que la précarité matérielle, financière et psychologique. Il devient très rapidement un mercenaire de la plume prêt à toute sorte de compromission pour subsister… Il y a donc urgence à agir afin d’éviter que les journalistes ne soient enclins à aliéner leur plume et leur liberté pour des peccadilles. C’est une responsabilité individuelle et collective.

C’est cette responsabilité collective qui me fait agir ici et dire tout haut: de grâce, si vous ne pouvez pas faire ce métier, quittez-le; Tout le monde n’est pas obligé d’être journaliste. vous mettez en danger ce métier et transmettez de mauvaises habitudes aux jeunes journalistes qui viennent en stage dans vos rédactions.

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4 réflexions sur “Vous tuez le journalisme au Togo

  1. Tpirakc dit :

    Mettez les noms s’il vous plaît. C’est plus qu’une plaie et quand on ne soigne pas ça le plus vite possible, cela risque de pourrir.

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  2. De cette publication j’apprécie deux parties: celle où on dit « Si ce métier ne vous fait pas vivre, pardon quittez-le. Tout le monde n’est pas appelé à être journaliste. » Car Marthe moi aussi je partage parfaitement les parties que je cite et qui à mon avis sont assez claires. Plus loin et plus clair je lis: « …C’est cette responsabilité collective qui me fait agir ici et dire tout haut: de grâce, si vous ne pouvez pas faire ce métier, quittez-le; Tout le monde n’est pas obligé d’être journaliste. vous mettez en danger ce métier et transmettez de mauvaises habitudes aux jeunes journalistes qui viennent en stage dans vos rédactions… » Et dire que lors d’une conférence d’une institution de formation en journalisme en novembre dernier, un journaliste en formation intervenait dans ce sens. Il se plaignait du fait que les sous que l’on donne ne sont pas suffisants etc. Marthe, je me demande si le journalisme au Togo n’est pas déjà mort.

    Vive le journalisme!

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