Togo, le vrai visage de la misère

© Jean-Claude Abalo

Un enfant mendiant                                                © Jean-Claude Abalo

Quand on parle de misère, je ne pensais qu’à des mots. Mais une récente tournée dans tous le Togo m’a fait mettre des visages sur le mot misère.

Tout a commencé quand un ami m’a demandé de rejoindre un projet. Il s’agissait de réaliser des succes stories et des documentaires sur les Projets de développement communautaires (PDC), un projet de la Banque Mondiale. L’idée me plaisait. Deux semaines à travers tout le Togo. Occasion pour moi de revoir toutes ces villes que j’avais connues pour y avoir passée toute ma scolarité. Le séjour commença par la région des savanes

Ici, la bénédiction divine c’est l’hôpital… 

Notre première localité, Kankangou, village situé à 33km de Dapaong. Nous visitons un centre de santé. A priori quelque chose de banal. Mais j’apprends très vite que ce centre de santé est une bénédiction pour les habitants de Kankangou et de ses environs. Avant son implantation, les habitants se soignaient soit à Nagbeni (6 km), soit à Barkoissi (environ 8 km) ou à Pligou situé à 10 km (traversant une rivière s’exposant ainsi au ver de Guinée). En cas d’urgence, les malades sont évacués vers le CHU de Mango et les analyses médicales à Barkoissi. Le transport est effectué avec des moyens de de fortune des patients, souvent en situation de précarité. Et dans la majorité des cas, les évacuations finissaient avec des morts sur les bras.

… et deux mille francs, c’est une manne 

Mais ce n’est pas ce qui m’a le plus marqué. Pendant la réalisation de notre tournage, nous demandions à une femme venue faire soigner son enfant de se prêter au jeu. Après l’avoir retenu près d’une heure de temps, mon collègue lui donna deux mille francs Cfa pour la remercier de ses peines. Les traits de son visage, déjà graves, se déformèrent comme par douleur. Intriguée, je voulu savoir pourquoi elle n’était pas contente et s’est renfrognée. Alors la femme me fit une réponse qui me scotcha:

Vous ne pouvez pas imaginer ce que représente pour moi cet argent. Ça me sera d’une grande aide et ce, pour plusieurs semaines.

Je n’en revenais pas. Deux mille francs à moi donné par quelqu’un,… Non! Je ne suis même pas sûre que quelqu’un à Lomé oserait me tendre ce billet en cadeau. Mais pour cette bonne dame, c’était de la manne, tout droit tombée du ciel. Au point où elle n’arrivait même pas à exprimer sa joie. je me mis alors à imaginer le quotidien des habitants de cette localité.

Là, l’école nourrit les enfants

Sur notre parcours, nous nous sommes arrêtés à Tchébébé ou l’on retrouve l’un des projets de notre mission: les cantines scolaires. Je n’avais pas imaginé l’impact de ces cantines sur les petits bouts de choux des écoles de la région. Depuis le début du projet, les effectifs ont doublé, voire triplé dans certaines écoles. Je voulu comprendre. Un des directeurs d’école m’expliqua la raison.

La plupart des élèves ont des parents fermiers, sans emploi. Difficilement ils arrivent à nourrir leur famille. L’école est un endroit où les parents envoient leurs enfants pour leur assurer au moins un repas par jour. L’école était donc la garantie du repas quotidien. Sans elle, ces enfants n’allaient peut-être pas avoir un repas par jour. Et ce sont ces enfants que le ministre de l’éducation primaire Esso Solitoki veut priver d’école avant l’âge de six ans. Conséquence plausible pour les enfants de cette région, de maigres repas avant l’âge d’entrer à l’école dans des localités où en avoir un par jour est un luxe.

Misère ambiante

Ce voyage m’a permit de découvrir le vrai visage de la misère au Togo. Quand j’étais petite à Kandé, les enfants de mes voisins avaient un repas chaque deux jours. Peut-être à cette époque là, ça ne signifiait forcément rien pour moi. Mais aujourd’hui je me pose des questions. Toutes les villes du Togo, à part Lomé et Kara ont l’air figé dans le marbre. Aucun changement visible, un état de délabrement total. Une jeunesse hypothéquée par des querelles politiciennes stériles. La misère est bien présente au Togo. J’ai passé sous silence plusieurs détails qui m’ont marqué, mais il n’en demeure pas moins que la réalité est vraiment triste. Lomé n’est qu’un reflet pâle de la réalité du Togolais.

Là-bas dans les villages de certaines régions, l’on ne sourit que, par période électorale après avoir reçu des miettes que de véreux politiciens veulent bien donner en guise de consolation. Alors qu’à Lomé, nos autorités roulent dans des voitures dont la seule vente soulagerait toute une population déjà à l’agonie. Les biens de l’état sont dilapidés et la richesse ne circule que dans les mains de d’une minorité, souvent affiliée au Président de la République.

Tout ce que je dis ici n’est pas nouveau, me diriez-vous; mais c’est mon coup de gueule à moi contre la mauvaise gestion dont est victime ce pays.

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12 réflexions sur “Togo, le vrai visage de la misère

    • Moi je porte juste un regard critique sur le phénomène. Quitte maintenant aux pseudos experts au Togo de faire leur travail. À Chacun son domaine d’action. Le mien c’est de dénoncer

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  1. Moumine dit :

    kankangou, c’est dans la prefecture de l’Oti et c’est a quelques Km de Mango, je ne vois pas pourquoi la comparaison est tres vite faite avec dapaong qui n’est meme pas de la zonz. Avant Dapaong il ya tandjoare ou Bombouaka avant de penser a dapaong … Alors moi je pense que kankangou devrait etre situee par rapport a Mango chef lieu de la prefecture de l’Oti et non dapaong qui est au dela de cette prefecture loin derriere tandjoare.

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  2. Célestin A. dit :

    J’ai été trop attristé en lisant ton article ma soeur,mais pour répondre vite à André ,elle a déjà fait son boulot envoyez des experts do vos ministères faire le reste du Boulot.Comme ils n’ont pa de voitures 4*4 pour visiter ces lieux,une pauvre journaliste l’a deja fait la balle est dans le camp des autorités du TOGO . Merci

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  3. 25 Février 2000. J’ai fais un voyage Lomé-Ouaga avec le club Unesco de l’UB. Ma limite-Nord avant ce voyage était Pya. Je découvrais donc pour la première fois le grand Nord de notre pays. Et j’en suis sorti avec le même gout amer. Nos escales de Mango et de Sinkassé m’ont permis de voir un peu plus que la végétation sauvage qui borde la National Numero 1. Je suis fasciné de constater que le journal personnel que j’ai tenu pendant ce voyage contient des idées et paragraphes entiers très similaires à ce que je viens de lire ici. Un simple tourisme national peut changer l’âme de nos politiciens. Merci Noun Fare, j’aime ce que vous écrivez.

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  4. 25 Février 2000. J’ai fais un voyage Lomé-Ouaga avec le club Unesco de l’UB. Ma limite-Nord avant ce voyage était Pya. Je découvrais donc pour la première fois le grand Nord de notre pays. Et j’en suis sorti avec le même gout amer. Nos escales de Mango et de Sinkassé m’ont permis de voir un peu plus que la végétation sauvage qui borde la National Numero 1. Je suis fasciné de constater que le journal personnel que j’ai tenu pendant ce voyage contient des idées et paragraphes entiers très similaires à ce que je viens de lire ici. Un simple tourisme national peut changer l’âme de nos politiciens. Merci Noun Fare, j’aime ce que vous écrivez.

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  5. malick dit :

    dans un village du togo attuetta pres d’anecho il ya 20ans il nynavait pas de problemes de misere la terre est abondante et fertile tout le monde cultivazit son champ et faisiat de l’elevage canard, mouton porc; culture du mais ; de l’igname etc
    il faut des programmes d’agriculture pour tousd avec des ong qui forment et qi fiancent des formztions de 6 mois sont suffisantes mais les jeunes ne vuelent pas de l’agriculture

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  6. Fioklu Maurille dit :

    Merci d’avoir écrit quelque chose de réel sur notre pays. La communauté internationale trompe tout le monde. Elle a sa part dans le partage du gâteau togolais, ferme les yeux et raconte des histoires. Notre phosphate, la douane, le port, le marbre, etc., tout est partagé en les néocolonialistes et leur intermédiaires ici. Hum, si Dieu existe, alors le changement. Nous sommes toujours à l’ère préhistorique dans notre pays. Même le vent qui souffle au Togo est affamé !

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  7. regnier maryse dit :

    Voilà ici les choses sont dîtent comme elles sont en vérité.Bravo parce que le petit peuple est là en chair et en os et ils doivent être traités comme tel.L Afrique a ses richesses et pourtant….

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