“La petite suceuse de doigt” de Patrick Katchawatou (Troisième partie)

© Sokey Edorh

…C’est fait, la décision d’Anita est prise. Elle commença alors à imaginer les différents scénarios. Est-ce qu’il fallait appeler sa maman dans sa chambre ou serait-il mieux qu’elle aille dans la sienne? Ne serait-il pas judicieux de les rassembler tous deux au salon et de leur faire un discours puis, attendre leurs réactions ? Non, elle écrirait plutôt une lettre. Une lettre dans laquelle elle expliquerait tout et qu’elle remettra à sa maman. Maman la lirait la première et la donnerait à son mari après. Elle attendrait dans sa chambre que maman vienne la chercher avec une mine de chienne battue ou que papa envoie Gloria l’appeler. Ce sera comme ça, elle leur écrira une lettre.

Anita se mit alors à table et écrivit une longue lettre.
« Chers parents,
Je sais que vous ne comprendrez rien à ceci, mais c’est la triste réalité, je ne vous mens pas. Je ne pourrai même pas le faire. J’ai longuement réfléchi et j’ai finalement compris que ce serait la seule manière de vous faire part de ce que je vis et de ce que j’ai sur le cœur. Je m’étais depuis demandé si les parents que j’avais étaient les meilleurs au monde mais jamais je n’avais jusque là trouvé de réponse. Vous subvenez à tous mes besoins, vous mettez tout à ma disposition et jamais depuis que je suis née, je n’ai manqué de rien. Quand au lycée, certaines de mes amies se plaignent de manquer de ceci ou de cela, je leur demandais toujours si elles n’avaient pas de parents, parce que je ne pouvais pas comprendre qu’elles puissent en avoir et manquer par exemple d’argent. Moi mon argent je le prends sur le buffet le matin et j’en fais ce que je veux. Quand j’ai envie de faire les magasins, il me suffit de le dire à maman. Et pourtant je me pose la même question depuis : est-ce que j’ai les meilleurs parents du monde ?
J’ai pris la décision ce matin de vous écrire et de vous faire part de mes problèmes, de ma solitude parce que c’est le seul moyen que j’ai pu trouver. Je ne peux oser vous le dire en face, j’ai trop peur. Je vis dans l’angoisse, ce chemin étroit et sans issu et je n’ai personne pour me montrer la voie. Je vis dans la peur, la peur de dire la vérité à mes parents, la peur de perdre votre confiance, la peur de se retrouver seule et sans parents. Et j’ai des remords. Je regrette d’être une fille et pas un garçon, je regrette d’être victime des mensonges et des duperies d’un garçon qui m’a pris pour une petite fille. Je voudrais par dessus tout ne plus exister, ne plus connaître cette peine que j’endure dans cette existence au jour le jour, loin du souci de mes parents qui me donnent tout. Est-ce vraiment tout ?
Chers parents, votre fille a grandi. Je n’ai que seize ans mais aujourd’hui je peux vous assurer, j’ai franchi le rubicond. J’ai connu des moments de délire, des moments d’extase. J’ai joui de la liberté que vous m’avez donnée et j’en suis consciente, peut être que j’en ai abusé mais c’est à juste titre, parce que vous n’êtes pas là. J’ai dépassé les limites et je me retrouve déjà derrière la barrière. Et c’en est peut être fini pour moi. J’ai gouté au fruit défendu.
Il y a quelques semaines, alors que vous étiez partis fêter le trentenaire de votre mariage, moi je liais mon destin à celui de Jath, enfin c’est ce que je croyais il y a des semaines. Jath fut mon premier amour, le premier et seul garçon à qui je me suis donnée. J’avais confiance en lui et je le croyais sincèrement amoureux de moi. Il me le chantait tout le temps, il me disait qu’il était là aujourd’hui et demain. Je l’ai aimé comme on aime un garçon. Je lui ai donné mon corps, mon âme et mon esprit. Jath me contrôlait et contrôlait tous mes désirs. Il m’amenait au septième ciel et me procurait tout le plaisir dont j’avais besoin pour m’épanouir et grandir et ça il l’a fait avec brio. J’ai connu à votre absence des sensations inoubliables, des ferveurs et des extases à l’ infini. Je ne me suis jamais posée de questions. Je savais que vous ne l’auriez jamais apprécié s’il venait à Gloria la mauvaise idée de vous en parler mais je m’en foutais, je vivais mon moment comme si c’était le dernier dans ma vie. J’en ai profité à satiété. Mais je ne vous aurais pas raconté tout ceci si aujourd’hui je n’avais pas de problèmes. Je vais être directe.
Je me suis réveillée il y a quelques jours et je me suis sentie bizarre. J’ai très mal passé mes journées depuis et j’ai des doutes. J’ai fait l’amour avec Jath sans me protéger et sans prendre de pilule, je crois que je suis enceinte. Mais je vais être franche avec vous, je ne garderai pas cet enfant. Je ne vais pas l’avoir. Je ne peux pas me permettre de tenter quoi que ce soit sinon je l’aurais déjà fait. Je ne vais pas non plus faire un enfant à seize ans et à un garçon de dix huit ans qui est parti faire des études loin de moi sans même me le dire avant. Non, je ne vais pas avoir cet enfant. Je sais que c’est contraire a tout ce que j’ai appris jusque là à l’église mais comprenez moi, je ne veux pas avoir un enfant maintenant. Il sera difficile pour vous d’acceptez ma décision mais je sais qu’il vous sera aussi difficile d’accepter le fait que votre fille abandonne les classes pour devenir une mère à seize ans.
Je vous prie chers parents de considérer ma requête tout en sachant que vous avez une grande part de responsabilité dans cette histoire. Vous n’avez jamais été là quand j’avais besoin de vous. Combien de fois papa et moi avions parlé dans cette maison ? Combien de fois maman est-elle montée dans ma chambre pour me parler de sexe, de préservatifs ou de pilules comme elle le fait aujourd’hui au moment où c’est trop tard ?
Vous n’êtes jamais là et je ne vous en veux pas pour cela. Ne m’en voulez pas aussi parce que je suis tombée grosse. Je vous demande seulement de faire fi de vos croyances, d’oublier un moment Dieu et de vous occuper de moi. J’ai besoin de votre aide et surtout de votre compréhension afin de pouvoir m’en sortir. Je vous promets que personne ne le saura et ce sera un secret entre nous. Vous êtes d’ailleurs les premiers à qui j’en parle et je sais que Dieu lui-même voudra m’aider dans cette circonstance. Il ne pourra le faire qu’à travers vous mes parents. Sachez que je vous serai très reconnaissante pour cette disponibilité et ce grand amour que vous témoignerez à mon égard et je vous assure que jamais plus je ne vous mettrez dans une situation embarrassante comme celle-ci. Aussi difficile que cela puisse paraître, je suis convaincue que facilement vous pourrez trouvez un médecin hors de Saint Denis pour cette opération afin que votre image ne soit pas salie.
Je voudrais d’ores et déjà vous remercier pour cette initiative que vous allez prendre et vous assurer de mon entière collaboration.
Merci chers parents,
Votre fille
Je vous aime. »

A suivre…

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2 réflexions sur ““La petite suceuse de doigt” de Patrick Katchawatou (Troisième partie)

  1. Pat dit :

    Héh Joseph,t’as lu la suite? Elle a driblé les parents ou c’est plutôt la force des choses qui a tourné et a voulu ceci comme cela????? LE STRESSE

    J'aime

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