Kokoè Essénam Kouévi, une plume en floraison

Essénam Kokoè Kouévi

« Myriam ou La rose noire » est un roman de Kokoè Essénam KOUEVI sorti en avril  2011, aux éditions Awoudy, à Lomé. Ecrit à 16 ans, ce premier roman relate l’histoire de Myriam, jeune fille de 11 ans, vendue par sa mère à une certaine « tantie Rita » de la capitale. A travers le parcours de Myriam, se déroule l’aventure, presque similaire, de milliers de filles « placées » par des parents pauvres chez des gens mieux nantis à la ville.

Mais par-delà  l’histoire, la jeunesse de l’auteure se ressent à travers sa plume. On y lit une difficulté à parler en profondeur des thèmes qu’elle aborde, comme si l’auteure avait peur d’offusquer son lectorat ou ses proches. Kokoè Essénam Kouévi a choisi des thèmes caractéristiques de la société moderne: le trafic et l’exploitation des enfants, le viol, la pédophilie, l’inceste, la prostitution, le sida, entre autres.

Mais ces thèmes sont abordés sans que la jeune auteure ait pris la peine de mettre en berne son éducation religieuse chrétienne. Du moins, c’est ce que je ressens. D’où la présence, constamment, de miracles dans son texte. Je dis bien miracle, et non pas surnaturel ou fantastique. Exemple, quand l’héroïne, violée par son père séropositif, et plus tard reviolée par le père de son futur mari, qu’on découvre séropositif, s’en sort sans la moindre trace de maladie. Étonnant. Aussi étonnant que, quand l’auteur ressuscite la copine d’infortune de l’héroïne, Aïcha! L’auteure à choisi de faire ignorer à Julien, le fils de l’esclavagiste Rita, les activités de cette dernière. Chose surprenante quand on sait que le lieu de travail des enfants trafiqués était en face de la maison ou il vivait, même si l’auteure a trouvé une parade en l’envoyant dans un internat. De légères contradictions qu’un lecteur pressé ne remarquerait pas.

Par moment, le récit est totalement chaotique, surtout dans le désir de l’auteur de garder un mystère qui n’en était plus un, vu que, facilement, on pouvait deviner la fin. Mais c’est surtout cette fin que l’on reçoit comme une douche froide, après avoir pleuré et plaint Myriam. Une fin surréaliste ne cadrant pas avec la logique de son récit.

On se demande si Essénam Kouévi n’a pas, comme toutes les lectrices de sa génération, lu et beaucoup aimé « Journal d’une bonne » de Dissirama Boutora Takpa. Par exemple, de la page 72 à la page 74, Nina raconte à Myriam l’histoire de ses parents, morts dans un accident d’avion lors d’un voyage en Europe. La famille paternelle d’Olga, petite soeur de Nina, n’ayant pas béni l’union des défunts, a chassé les enfants de la maison et liquidé l’héritage des soeurs. Passage qui ressemble étrangement à l’histoire d’Agathe, héroïne malheureuse du roman de Dissirama Boutora Takpa. Idem, avec le viol de Myriam par Dzato, le surveillant des esclaves, qui ressemble à s’y méprendre au viol d’Agathe au Gabon. Toujours en comparaison avec « Journal d’une bonne », Myriam se fait fouetter par Dzato, parce qu’il manquait vingt cinq francs dans la recette du commerce de beignets qu’on lui a confié. Même sentence et même procédure de correction pour Agathe du roman de Dissirama Boutora Takpa.

Parlant du style, il est un peu bancal, mais caractéristique du jeune âge de l’auteur. Mais toute les contradictions du livre n’en font pas moins un livre interessant, agréable à lire. Il reste une chose, à cet âge-là, les filles togolaises regardent plus de feuilletons qu’autre chose. Alors, à son avantage, on saluera l’audace de l’aventure en littérature. Et on attend avec impatience la prochaine livraison.

Roman: Myriam ou la rose noire

Pages: 203

Editions Awoudy

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4 réflexions sur “Kokoè Essénam Kouévi, une plume en floraison

  1. Jourassic dit :

    L’intertexte involontaire… parfois, les lectures nous reviennent sous le stylo sans que l’on s’en rende compte. C’est la même chose pour un écrivain aguerri qui se répète sans le savoir. Mais cela signifie au moins une chose, la demoiselle lit! Et c’est bien, pour un auteur!

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  2. Avec autant de contradictions et de patchwork, pourquoi l’éditeur a-t-il décidé de publier le livre? La qualité des oeuvres publiés par un éditeur fait la renommée de sa maison. Et le jeune âge de l’auteure ne devrait pas constituer une excuse. Il est bien de saluer l’audace de l’écriture mais de l’aider à organiser son récit et à l’épurer de fac-similés. Elle gagnerait à sortir un bouquin « mûr » que de sortir un bouquin « précipité ».

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  3. Essenam kokoè Kouévi dit :

    J’adore.
    Enfin, une vrai de mon roman. Merci beaucoup auteur. J’attendais ce moment avec impatience et j’ai pris bonne note des appréciations. Je me rends compte de ces différents points aujourd’hui et j’en prends bonne note. Mais ces plus agréable d’entendre d’autre le dire. Franchement merci. Mon prochain ouvrage sera plus mature sous toutes les formes. Franchement merci

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  4. Pourquoi tu ne le ferais pas lire par plusieurs personnes avant. Je serais intéressé même si je suis pas critique littéraire. Ou te conseiller des critiques littéraires qui t’aideront à « construire » un texte…

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