Les poils de la Chatte de la voisine de Koffivi Assem (Dernière partie)

© Sokey Edorh

J’arrivais à peine à manger, je ne dormais plus. Il me fallait voir ses poils à tout prix. Ce degré de voyeurisme ne m’inquiétais plus. J’en étais malade et mon remède, je le connais. J’étais dans un état second. J’en arrivais à imaginer des scénarios complètement tordus et absurdes. Je ne pouvais tout de même pas me présenter devant elle et lui demander de me montrer sa chatte ! On ne s’était jamais adressé la parole auparavant. Cela serait  mal placé, impoli. Ma curiosité pouvait friser l’indécence. Le simple fait de lui adresser la parole sans qu’elle n’y soit préparée, ressemblerait à une violation de son intimité. Je comprendrai qu’elle  puisse mal le prendre et réagir brutalement. Ça j’en mourrais de honte. Il me faut de la finesse et de la discrétion pour éviter une scène de ce genre.

Cela fait cinq jours et quatre nuits que cela dure.  Aujourd’hui, j’ai décidé de mettre mon plan à exécution. Il pleut des cordes. Idéales conditions pour ma mission ! Je n’irai pas au cours. Cela fait plus d’une heure que je la guette dans le couloir. Enfin, la voilà ! J’étais prêt, paré comme pour me rendre à l’école. Je la suis dans l’ascenseur. Normalement elle devrait me sourire quelques secondes puisque nous y sommes seuls. Moi, j’en profiterai pour lui dire « Bonjour Madame ! »  avec mon plus large sourire. Peut être qu’ainsi je pourrais aborder le sujet d’une manière ou d’une autre. Les portes de l’ascenseur se referment. On est seuls. Je n’ose pas la regarder. Les quelques regards furtifs que je lance me font savoir qu’aujourd’hui je n’aurai droit à quelque sourire que ce soit. J’ai peur. Saloperie de timidité, aujourd’hui, elle me pèse. Elle m’encombre, je la trimbale tel un boulet dont j’aimerais bien qu’on me débarrasse.  Nous sommes déjà au deuxième étage. Comment cela se fait-il que mes lèvres refusent de laisser filtrer le « S’il vous plaît madame, … » que je retourne dans  ma petite tête depuis des heures. Pour mieux  me contrôler,  je ferme les yeux. Ainsi au moins mon cauchemar ne se réalisera pas, elle ne me montrera aucun poil roux. Si je dois voir cette chatte, ce ne doit pas être dans l’ascenseur. Mieux

Dans ma pauvre tête tout se bouscule. Il faut que je trouve quelques choses. C’est dans les secondes qui viennent sinon, je n’aurai plus d’autres occasions. Et si je lui faisais un croc-en-jambe, à la sortie, peut être que j’en apercevrai un petit bout ? Non ! Il y a  trop de risque. Les vieilles dames sont souvent fragiles et le pire peut arriver.  La sonnette me signale que nous sommes  arrivés au rez-de-chaussée. La filature continue.  A la sortie de l’immeuble, elle s’arrête, ouvre sont très grand sac noir, et en sort un ciré jaune. Le temps qu’elle ne le porte, je la dépasse.  Le mien  que j’ai porté avant de sortir des l’appartement est noir. Avec la pluie et le nombre de passant qui portent un imperméable de la même couleur, je dois pouvoir la suivre sans trop attirer l’attention. Je traine un peu les pas. Elle me dépasse et  je la suis jusque dans le métro.

Quand il pleut, la visibilité baisse et plein de gens abandonnent leur véhicule pour prendre les transports en commun. Toutes les rames du métro sont pleines de monde et on y est serré comme des sardines. Je suis assez proche de ma voisine même si une ou deux  personnes nous séparent. Je ne pouvais pas espérer mieux, elle est à ma portée. Ma main se glisse entre eux, atteint le ciré jaune, s’y insère par l’une des fentes qui permettent d’avoir accès aux poches de l’habit qu’on porte sous l’imperméable. Mon cœur s’arrête de battre. Si quelqu’un se rendait compte de mon manège, on me prendrait pour un pickpocket. La honte. Respirer, je n’y songe plus. Mes doigts naviguent à l’aveuglette. Au toucher, je reconnais le manteau puis le sac noir. La chatte est sûrement là, dans son coin. Mes doigts errent avec une extrême prudence. Si ma voisine, me sens je suis foutu. Je suis tout tendu. Ça y est ! Ils viennent d’effleurer quelques choses. Des poils ! Je ne souviens pas avoir une fois dans ma vie pris autant de plaisir à prendre des risques.

Toucher ces poils sans que la voisine ne s’en rende compte, c’est simple. Mais les circonstances jouent en ma faveur. Le conducteur semble s’être donné le mot pour faire tomber tout  le monde. Si dans la rame il y avait eu un peu de place, on se serait tous affalés par terre. En plus du fait qu’on soit tous obligés de se toucher, durant le trajet, les brusques accélérations et décélérations du véhicule font qu’on n’a pas cessé de se rentrer dedans. Avec toutes ces pressions que chacun recevait de part et d’autre, je peux me permettre de toucher la peau de ma voisine sans qu’elle ne s’en aperçoive. Malheureusement, mes doigts n’ont pas d’yeux. La vieille et sa chatte, je m’en fou, c’est la couleur des poils qui m’intéresse. Bientôt l’arrêt. Il faut que je sache, ils sont noirs ou roux. Les gens vont sortir du wagon. Que faire ? Si j’en arrachais quelques unes, elle va crier et je serais perdu. J’aurais dû prévoir des ciseaux ou une anesthésie. Du chloroforme comme dans les films ? J’aurais dû y penser dans l’ascenseur. Non, je ne vais tout de même pas agresser une vieille dame aussi fragile ! Je suis déjà fou, j’en suis convaincu. Le conducteur freine avec la même indélicatesse qu’il conduit. Les uns se renversent sur les autres. Mes doigts désespérément immaculés battent en retraite.

Je porte mes doigts  au nez. Aucun poil n’y est accroché. Néanmoins, l’odeur était bien là, pour me confirmer que je n’avais pas rêvé, que mes doigts ont caressé le pelage de la chatte de ma voisine. Là, l’odeur était un peu différente de celle que j’avais en tête. Une haleine peu trop animale. Il manque ce brin d’eau de toilette d’il y a cinquante ans qui caractérise ma voisine. Oui, je crois comprendre. Ainsi, chaque fois qu’on on se retrouve proche de ma voisine, l’odeur qu’on perçoit, c’est l’exhalation de sa chatte mêlée à son eau de toilette. Je n’avais pas fait tout ce que j’ai fait pour savoir comment la chatte de la voisine sentait. Et comme une obsession, cette histoire de couleur rousse ou noire, m’a fait oublier que je viens de  passer mon index et mon majeur droit dans les poils de cette chatte, celle que je voulais apercevoir, celle que j’espérais approcher, celle que j’osais à peine envisager toucher.

Elle vient de sortir de la bouche de métro. La filature reprend,  jusqu’au supermarché. Pour qu’elle ne me remarque pas cette fois-ci je me tiens à une bonne distance d’elle. Plus besoin de la suivre dans les rayons voir ce qu’elle aurait acheté pour sa grosse chatte. Oui, à présent, j’en sais un peu plus sur cette boule de poils pour l’avoir sentie de près. Il paraît que la chance n’a qu’un seul cheveu. Je sens que je n’aurai plus d’autre occasion, comme tout à l’heure. La voisine retourne  à la maison, visiblement pas le même itinéraire. Je ne la lâche pas.  Dans le métro on est loin  métro. On regagne notre immeuble. Je suis fatigué, découragé mais il faut courir pour la rattraper. Nous revoilà dans l’ascenseur, seuls. Elle enlève son ciré. Apparemment, c’est maintenant qu’elle se rend compte de ma présence ; elle me sourit. Enfin une brèche

– S’il… s’il vous… vous plaît madame, montrez-mon … montrez-moi votre chatte.

– Quelle chatte ?

– Je sais que vous en avez une, je l’ai même touché aujourd’hui !

– Ah bon ?

 Visiblement elle ne semble pas scandalisée. Sa chatte, on pouvait la toucher, du moins à moi elle accordait ce privilège. Je le fixe avec détermination. Puis je compris qu’il serait préférable de  l’attendrir. Je n’ai jamais eu les larmes faciles, mais faire la mine d’un chien battu, cela me connaît.

 – S’il vous plaît !

 Un peu plus et j’en aurai versé des larmes. Elle arrête l’ascenseur au troisième étage. La porte  s’ouvre. Personne n’entre, personne ne sort. Quand la porte se referme, elle me dit :

 – D’accord, je vais te le montrer et même que tu peux le toucher pour de vrai ; mais ce n’est pas ce que tu crois.

 Je n’en crois ni mes yeux ni mes oreilles. Je ne pouvais jamais m’imaginer que tout serait  si simple.

 – Vous dites que je pourrais même la toucher ?

– Bien sûr, puisque c’est moi qui te le dis !

– Merci madame ; merci beaucoup.

– Promets-moi, juste que tu ne diras rien à personne.

– Promis juré !

– Marché conclu !

Elle ouvre son sac noir et ce n’est pas une chatte qui apparaît ; juste une boule de poils pas roux mais mauve au niveau de tête d’où perce une truffe et deux grands yeux d’un noir attendrissant, puis bleu acier foncé au niveau du corps et de la queue. Cette dernière couleur  assez proche du noir qui domine me rassure.

– C’est un yorkshire terrier, ajoute-t-elle. Vas-y ! Tu peux le toucher, je lui appris à ne ni mordre ni aboyer.

 Jamais le concierge qui interdit les animaux dans l’immeuble ne le saura. L’existence de ce chien sera notre secret.

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Une réflexion sur “Les poils de la Chatte de la voisine de Koffivi Assem (Dernière partie)

  1. Katch Patrick dit :

    Beau récit. J’ai aimé. Le style est captivant…Toucher une chatte, ça peut évidemment donner du plaisir, mais avouons que je n’y avais jamais pensé…. Finalement toucher un chien, même un yorkshire, ça doit être plutôt décevant….Belle écriture mon frère.

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