Les poils de la Chatte de la voisine de Koffivi Assem (Troixième partie)

© Sokey Edorh

Puisque je suis du genre à marcher très vite pour ne pas traîner dehors, c’était tout ce que j’avais entendu, ce jour là. Pourtant c’était largement suffisant pour savoir de qui ils parlaient. Ce n’est pas la première fois que j’entends ces enfants dire du mal de ma pauvre voisine. Je suppose que cela les amuse de la traiter de sorcière. De toute évidence, ma voisine ne laisse indifférent aucun des garçons de notre pallier. Bien qu’ils ne la voient pas sous le même angle que moi, cela me rassure. Cela me rassure et me contrarie un peu. Eux, à traîner autant sur le pallier, doivent plus souvent la voir plus souvent que moi. Mais eux, de véritables pestes, sont plus disposés à lui faire des cloches-pieds qu’autre chose. L’idée que ces garnements puissent avoir arraché des poils à la chatte de la voisine, me parut tellement logique qu’au lieu de la plaindre comme d’habitude, je m’étais soudain découvert un excès d’intérêt pour l’objet que je n’avais même pas vu : les poils noirs de la chatte de ma voisine.

 

Je me souviens très bien qu’ils n’avaient rien dit sur la couleur des poils en question, mais dans ma tête, ils étaient noirs et ils se devaient d’être noirs. En tout cas, je ne les aurais aimés que dans cette couleur. Cela semble plus assorti avec son manteau, son sac et son rare sourire fugace. Ce ne fut pas l’envie de me retourner et d’arracher ces poils aux enfants qui m’a manquée car ils ne pourraient ni protester ni se plaindre à personne. Pourtant je n’en fis rien. Je suis plutôt de nature à préférer imaginer une bonne touffe de poils noirs et soyeux que de posséder trois ou quatre poils qui pourraient ne pas être noirs. J’avais laissé dans les mains de ces garnements ce qu’ils ont pu trouver en fouinant l’appartement de ma voisine pour ramasser tout ce qui pouvait traîner. Et si tout simplement c’était du baratin,  le type d’histoires sans queue ni tête que les gamins se racontent pour frimer. Et si pour une fois le mot sorcière dans leur bouche ne désignait pas la voisine.

Possible. Très possible même. Les enfants, surtout quand ils ont entre huit et douze ans, ils ont une des ces imaginations ! Ils parlent comme s’ils vivaient dans des films d’aventure voire de science fiction. Ceux que je viens de dépasser, je les ai déjà entendus  jouer à plein de rôles débiles. Quand ils ne se prennent pas pour des justiciers et des voleurs, ils sont super héros et des super vilains ; ils vont jusqu’à jouer au diable et au Bon Dieu. Qu’ils puissent parler d’écailles de sirène, de poils de dragon, de sorcière ou d’autres créature imaginaires est fort probable. Mais plus rien ne pouvait sortir de mon esprit ces fameux poils et peu importe que mes petits voisins parle ou non de ceux de la chatte de la voisine.

Je crois qu’à partir de ce jour, ma vie a encore une fois de plus changé. La vie, du moins la mienne, elle change tout le temps. Quand, je fais perdre à ma mère son sang froid, quand j’ouvre trop ma grande gueule, quand on déménage, quand je change d’école, quand je lis certains livres, quand je regarde certains reportages, films ou documentaires, quand je fais certains cauchemars, quand je fais certaines rencontres… Tout le temps ma vie change. C’est ainsi qu’est née ma nouvelle hantise. C’est bien cela, ni plus ni moins. Ma voisine qui m’intriguait déjà est devenue  mon obsession. Quand je désire profondément quelque chose, il me suffit d’y penser très fort et longtemps pour que ça finisse par se réaliser. Cela marche au moins une fois sur trois, surtout quand mon vœu est réalisable. Cela  me semble réalisable, voir et pourquoi pas caresser la chatte de ma voisine.

Ma voisine, je dois bien l’avouer, elle n’a pas mon âge, elle a bien plus. Son âge exact, il est tout à fait normal que je ne le connaisse pas vu que je n’ai même pas pu obtenir son prénom. De toute façon, je n’ai jamais vraiment cherché à le connaître. Cela ne m’a jamais vraiment intéressé. Il paraît aussi que c’est indécent de demander à une femme son âge. Cela doit tout autant l’être de vouloir le connaître sans poser directement la question à la personne intéressée. C’est à peine que je connais celui de ma mère. Je sais qu’elle doit avoir moins de trente ans, ma mère.  La voisine est encore bien plus âgée. Deux fois plus ? Trois fois ? Je ne sais pas. L’âge des femmes ne m’intéresse pas, encore moins celle de la voisine.

La voisine n’a pas un physique à déclencher des fantasmes chez un garçon de mon âge, aussi pervers et tordu soit-il. Le temps lui est sans doute passé sur le corps, et pour en sentir les dommages, on n’a pas besoin de la voir nue d’abord. Sa stature en dit long sur l’état de son corps.  Rien qu’à la voir se tenir droit, on sait à quel point la vie a manqué d’être clémente envers son pauvre petit corps. Tout naturellement, moi qui n’avais aucune envie d’être lié à elle par une quelconque pitié, j’ai focalisé sur sa chatte. Une chatte, ça a besoin de soins particuliers, de beaucoup de câlins et  d’air libre. Une vieille dame comme ma voisine ne pouvait certainement pas combler sa chatte comme il se doit. Je l’imaginais déjà, cette  chatte, négligée, seule et triste dans son coin. J’avais une folle envie de mettre ma main dessus et m’amuser avec elle, bien entendu, avec la bénédiction de sa propriétaire.

Mon éducation très stricte m’empêchait de faire des choses comme, prendre, toucher, voir ou penser à quelque chose sans une autorise au préalable de la part du propriétaire. Si penser à sa chatte, me semble quelque peu déplacé, ce n’en est pas le cas en ce qui concerne ses poils. Un peu comme si les poils de sa chatte lui appartenaient moins que la chatte même. Ils devraient être soyeux et doux au contact, ces poils là. Toucher ces poils, ce serait vraiment sensationnel. Il est fort possible qu’elle me dise non. La vilaine éventualité qu’il faut  aussi prévoir. Dans ce cas de figure, il ne me restera que mon imagination.  Si j’avais la taille d’un pou, je pourrais me faufiler dans ses affaires et toucher ces poils noirs à senteur de … Diverses odeurs remontèrent de mes souvenirs pour tourmenter mon esprit déjà fragilisé. Ce dernier s’arrêta sur celle à qui je ne pouvais associer aucun nom, ce mélange d’un parfum passé de mode depuis plusieurs décennies et d’odeur animale vaguement familière un peu trop forte, qui rendait sa compagnie pénible surtout dans les ascenseurs.  Oui, si j’avais la taille d’une puce, je sauterais, plongerais et  me roulerais dans ce gazon ténébreux aux arômes particuliers.

Mon délire déjà se risquait aux frontières du bon sens, mais pour un jeune homme de seize ans qui était encore puceau, cela pouvait se comprendre.

Tout bascula la nuit même car je fis le plus horrible des cauchemars : je  me suis retrouvé coincé dans  l’ascenseur avec ma voisine, une panne d’électricité, je crois. Mais ce qui est bizarre c’est qu’il restait une lumière qui clignotait assez pour nous permettre de nous voir. C’était une rêve sans son. Ce qui fait que tout ce qu’on a pu se dire m’a totalement échappé. Le point culmina de ce cauchemar c’est que ma voisine m’a dévoilé sa chatte toute recouverte de poils … roux !

Ils devaient être noirs, noirs comme son manteau, noirs comme son sac, comme ses gants, comme je me les étais imaginés ; à la rigueur gris, voire blancs comme ses cheveux. Mais de grâce, pas roux. Le roux est trop voyant, trop gai, c’est limite vulgaire. Et puis, j’imagine mal ma voisine, même à son plus jeune âge avec une chevelure rousse. Elle qui est si sobre, pourquoi se paierait-elle la fantaisie d’avoir une chatte rousse ? Je ne vois vraiment pas. Et si…? Ah non ! Il fallait que j’en aie le cœur net. Cette chatte, je devais la voir de mes propres yeux et de très près de préférence.

 

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