Les poils de la Chatte de la voisine de Koffivi Assem(Première partie)

On  me nomme Kévin… Mon prénom suffira. Mes géniteurs n’ont pas besoin d’être associés à l’aventure assez particulière que je raconte ici. D’ailleurs, ça ne leur plairait pas. Puisqu’ils sont tout le temps absents, de cette histoire ils le seront aussi. Notre prof de littérature prétend que j’ai tendance à raconter ma vie, aussi bien quand on me pose une question qu’à l’occasion des devoirs de dissertation. Peut être qu’elle a raison, encore une fois. C’est pour cela que je ferai un effort pour ne vous raconter que ce qui mérite de l’être.

J’ai seize ans.  Je vis depuis peu dans un HLM dans la Cité K. Côté confort, on peut avoir mieux tout comme on peut aussi avoir pire. L’ascenseur tombe en panne une fois au moins tous les mois, et ce n’est pas toutes les fois qu’on le répare dans la même semaine. Loger au quatrième étage d’un immeuble qui en compte cinq, c’est chiant quand on se tape  les escaliers, même si on peut se consoler en pensant à ceux qui vivent au cinquième. Et puis à mon âge, un peu d’exercice n’est pas nuisible, à moi qui ai plus d’une dizaine de kilos à perdre pour passer inaperçu. Le confort n’est pas tout dans la vie. Moi, j’ai plus besoin de chaleur humaine, celle d’une personne bien précise alors que quelques jours plus tôt, ce n’en était pas le cas.

Je vis seul. Seul avec ma mère. Les choses ont toujours été ainsi. Mon père, même si maman n’en parle jamais, je pense en avoir un. Maman est arrivée à me faire comprendre comme elle sait si bien le faire, juste du regard, que je ne devais pas trop poser de questions sur ce sujet. Puis elle a essayé de me trouver un autre papa.  Sa dernière tentative, celle dont je me souviens avec précision, remonte à trois ans. C’était à une époque où je continuais de vouer une infinie admiration à mon père biologique et bien qu’il ne se  soit jamais gêné pour savoir si j’existe ou pas, au  point de chasser par tous les moyens dont je disposais, les hommes qui voulaient lui voler sa femme. C’est bien plus tard que je me suis rendu compte qu’il y a de fortes chances que l’homme qui m’a donné la vie, s’il vit toujours, ne doit même pas se douter qu’il a un fils quelque part sur terre, que ma mère n’a probablement pas eu le choix, et que m’élever toute seule s’était certainement imposé à elle.

Maintenant, je ne me révolte plus contre rien ni personne. Je ne pose plus de question. Je ne soupçonne plus personne. Je me dis que si ce n’est pas dans mon intérêt qu’on me cache les conditions de ma conception, c’est pour une bonne raison. C’est peut être pour mon bien, peut-être pour celle de ma mère, surtout que mon bonheur ne peut se faire que s’il n’empiète pas sur celui de ma très chère mère.  Je ne me demande plus si je suis ou non un enfant adopté, un bâtard, le fruit d’une insémination artificielle, d’un viol, d’un inceste… Il y a des vérités qui ne valent pas la peine qu’on se batte pour  les connaître. Je suis en vie et cela me suffit. J’ai une mère qui s’occupe de moi quand elle le peut depuis seize ans. Le nom que je porte est celui de ma mère et de mon grand-père maternel que d’ailleurs je ne connais pas non plus. Je préfère qu’on  m’appelle Kévin tout simplement.

Dans notre immeuble, il y a près d’une cinquantaine d’âmes qui s’ignorent. Ici, c’est la règle, je crois. Je préfère cela aux regards méprisants que les gens de ma condition attirent la plupart du temps. Maman  dit souvent que pour vivre heureux, il faut vivre cacher. Elle m’a éduqué dans ce sens. Je n’ai pas d’amis et je n’aime pas qu’on s’intéresse de trop près à moi. Mes vrais compagnons sont notre canapé et la télé du salon ; mon lit et mes divers jouets.  Maman a souvent l’impression que les gens nous espionnent. Pour elle les voisins, c’est toujours trop curieux ? Ça veut devenir votre ami même quand vous ne lui avez rien demandé. Ça insiste pour entrer dans vos murs. Ça fouine partout, ça pose des questions indiscrètes. Ça s’indigne pour ce qui ne le concerne pas. Ça va vous dénoncer aux affaires sociales. Et le comble, c’est que ça pense le faire pour votre bien, ou celui de votre enfant. C’est un scénario de ce genre qui nous a obligés à déménager, il y a quelques mois.  Quand nous sommes arrivés dans cet immeuble, la consigne a été ferme. Aucune relation avec les voisins. Moins ils en sauront sur nous, mieux on se portera. Ainsi, plus personne ne pourrait plus accuser maman de négligence.

Ma mère n’est pas du tout une mauvaise mère. Elle m’aime, j’en ai la quasi certitude. Je n’en veux pour preuve que le fait de ne pas avoir été fauché prématurément par une interruption volontaire de grossesse. Si on passe peu de temps tous les deux, c’est parce qu’elle travaille beaucoup et trop loin la maison. Si j’avais eu une petite sœur ou un petit frère, j’aurais pu comparer l’attention que ma mère me donne à la leur. Il est bien évident  qu’il existe quelque chose que l’on peut appeler la fibre maternelle que toutes les femmes ne possèdent pas dans les mêmes proportions. Bon nombre de femmes qui dans les mêmes conditions m’auraient témoigné plus d’affection que ma très chère mère. Néanmoins, une certitude demeure dans mon cœur : Ma mère n’est pas faite pour avoir des enfants, tout au moins sa vie l’a considérablement éloignée de cette vocation. Le peu d’amour maternel que son cœur est capable de porter, elle me le donne et j’ai appris à m’en contenter.

En effet, elle est employée dans un supermarché le matin et les nuits, elle fait du babysitting. Garder le bébé ou l’enfant de quelqu’un, quand la personne sort pour faire la fête ou travailler, cela ne devrait pas prendre à quelqu’un toutes ses nuits. Je savais que je n’avais pas à poser et sur ce sujet, jamais l’idée de poser la moindre question ne m’a effleuré l’esprit. J’ai juste attendu que la réponse me vienne. Tout ce que je suis censé savoir fini toujours par me parvenir. Cela fait plusieurs mois que j’ai compris que le bébé qu’elle garde a vingt  ans de plus que moi. Cela m’est bien égal. Je suppose qu’elle en a besoin.   De toute façon, c’est sa vie et cela ne regarde qu’elle. Entre elle et moi, c’est la règle. Pour être heureux, c’est bien de manger cinq fruits et légumes par jour mais c’est encore mieux de se mêler de ce qui nous regarde. Mais, cette loi m’est devenue une corvée face à l’une nos voisines.

A suivre

 

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8 réflexions sur “Les poils de la Chatte de la voisine de Koffivi Assem(Première partie)

  1. Espoir Agbémédji dit :

    Assem, je suis un paresseux en matière de lecture, mais je peux t’assurer que ces quelques lignes m’ont donné de l’eau à la bouche et je suis impatient de découvrir la suite. Où la trouver alors? Ne me fais pas le coup de nos instituteurs du cours primaire qui nous demandaient d’imaginer la suite de l’histoire lors des devoirs en Étude de texte. Il t’en souvient!
    Donc please, réponds vite à mon attente!j’attends; j’attends; et j’attends;oui j’attends;j’attends encore!

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  2. adrien dit :

    oh là là !!! j’ai sincèrement aimé les paragraphes dédiés à la maman.elle est une bonne mère à se manière.jolie introduction.mais ma curiosité et mon impatience m’obligent à demander : les poils de la chatte de la voisine, tu nous en parles quand?

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