« La confusion des sentiments » de Kangni Alem (Deuxième partie)

 

© Sokey Edorh

Le téléphone. Je l’avais laissé allumé comme tu l’avais désiré. Dès l’instant où nous avons pénétré dans le studio que tu m’avais loué pour venir terminer mes études dans ce pays aux repères traîtres, tu m’as rappelée puis tu m’as dit bonne nuit en murmurant, n’éteins pas le téléphone, je le ferai moi-même quand je n’en pourrais plus d’écouter. Posé au chevet du lit, il amplifia pour toi mes râles, ses couinements d’amant subjugué par mon ardeur. Je criais tellement qu’il était obligé de me supplier de ne pas faire trop de bruit. Pourtant, nous fûmes lents à démarrer.

Nous parlions, tu écoutais à l’autre bout de la terre. Je l’avais installé, puis m’étais dénudé devant lui pour aller prendre une douche. Au retour, mon pagne serré autour de la taille laissait apercevoir néanmoins la naissance de mes seins en forme de calebasse. Puis, surtout, j’étais nue en dessous. Chaude nuit de juillet. Mets-toi à l’aise, lui ai-je suggéré. Ça te gêne d’être dans le même lit que moi ? De toute manière, il est une heure du matin, plus de métro avant cinq heures, je ne peux pas te laisser dormir par terre. Il a souri, puis a enlevé sa chemise. J’aimai le teint de sa peau dans la pénombre, un bel homme Rico, mon idéal type d’amant, à cheval entre la race noire que je vénérais, et la race blanche dont je trouvais les hommes mous et psychotiques sexuellement. Je voulais un amant qui me distraie ici les weekends, j’en avais parlé avec mon mari qui n’y avait trouvé aucun inconvénient. Un homme bon et compréhensif, un libertin raffiné, vicieux jusqu’au bout des ongles, comme moi au fond. Sexe et sentiment ne vont pas toujours de pair, aimait-il professer.

Je venais suivre ses cours à la fac, toujours, il était le seul prof dont les propos me nourrissaient intellectuellement, il était alerte, insaisissable, ne parlait jamais de lui, alors que les autres profs étalaient l’insignifiance de leur vécu à nos oreilles fatiguées du m’as-tu-vu de ces quinquagénaires frustrés, dont l’univers n’allait pas plus loin que les clôtures de l’université. Un jour, je suis passé de l’amphi à son lit, j’étais devenue sa maîtresse, puis sa jeune femme, même si nous n’étions pas officiellement mariés, ce qui, pour moi, vu nos affinités, était dans l’ordre naturel des choses « Ton mari et toi, hum… », aimait souvent répéter ma copine Wassila, ma colocataire à la cité, quand j’étais encore potache à TiBrava.

Sa compréhension de nos rapports amoureux était difficile, elle m’admirait sans oser le dire, et trois jours avant mon départ du pays pour mes études ici, un soir je l’avais invitée à la maison, et c’est là tout à coup qu’elle s’était laissé aller, entre nos bras, mon mari et moi l’emportant dans un jeu à trois, pour un au revoir charnel qui scella à jamais notre amitié dans un marbre dénué d’hypocrisie.

 

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