« La confusion des sentiments » de Kangni Alem

 

© Sokey Edorh

Je n’avais pas imaginé que tu perdrais la tête si aisément, mon cœur. Je t’avais juste dit : « il me plaît ». Tu me connais, mon rapport à la réalité des choses est aussi volatil que l’essence de mes résolutions même. J’ai du temps devant moi, j’ai l’âge de tous les dangers, de toutes les audaces, et tu es celui qui m’a le plus mené loin dans la conquête du plaisir.

Le libertinage est un don, étonnant c’est vrai, mais grâce tout de même, une force de caractère, m’as-tu toujours répété. J’ai toujours cru que tu étais de l’étoffe dont on fait les meilleurs épicuriens. Dans la chambre cette nuit-là, je me suis laissé aller, sans retenue. Et encore, tu ne sais pas tout de ce qui s’est dit entre lui et moi, une fois que tu eusses raccroché. Tu m’avais dit : « Rico te plaît ? Tu peux y aller. »

A présent je te déteste, tu as fait de lui mon point faible. Si tu n’avais pas réagi, comme tu l’as fait, sa voix, quand il m’appelle au téléphone, ne me ferait pas battre le cœur ainsi. Et pourtant, je ne l’aime pas comme je t’aime toi, tu es le seul qui accède facilement aux ténèbres de mon cerveau, qui sait lire ma fragilité de femme malmenée par la vie. Trop tôt malmenée par cette putain de vie.

J’ai joué le jeu. A fond, tu me connais pour cela, la mesure est une insulte à mon intelligence. La soirée d’anniversaire chez Momie tirait à sa fin, quand tu m’as rappelé. Tu m’as encore sondé. « J’ai un faible pour lui, t’avais-je répondu. Beau métis, mon genre, quoi. Je ne cracherais pas dessus… Mais si tu dis non, je respecterai ta volonté. » Instant fatidique. Plus tard, je te l’ai redit, tu as semblé hésiter, à l’instant de te prononcer. Si tu avais dit non, je me serais arrêté, il n’y a pas de contrainte dans le libertinage, aimes-tu me seriner. J’aurais suivi la pente de ton désir. Mais c’est plus fort que toi, tu aimes quand je joue. Et tu me concèdes tout, trop facilement peut-être…

J’ai quitté la soirée en sa compagnie. Momie, qui ne se doutait de rien, a demandé à Rico de m’accompagner jusqu’au métro. Ce dernier, pas dupe de ma manœuvre durant la soirée, avait aussitôt laissé la conversation dériver vers l’intimité de nos sentiments réciproques. Si je ne me sentais pas seule dans cette ville, si j’avais quelqu’un dans ma vie, lui était tout seul, ne savait pas mais…euh… oui, non, qui sait, répondis-je dans l’ordre. Exprès, je laissai croire qu’il pourrait y avoir quelque chose entre nous, pour l’empêcher de descendre à la station qui mène chez lui. A la correspondance, nous n’avions plus parlé, nos routes ont convergé au lieu de diverger, j’ai mis mes pas dans les siens, et nous sommes partis dans la nuit, ivres des vins fins que nous avions descendus chez ton pote Momie, pressés de découvrir le plaisir consenti entre adultes. Je me sentais pétasse magnifique, du haut de mes vingt quatre ans, en train de tromper mon vieux mari, avec son plein assentiment.

A SUIVRE

 

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