Auschwitz comme je l’ai ressenti…

Un des fours crématoires de Auschwitz

Ce matin, le car nous a emmenés dans le premier camp de concentration au programme: Auschwitz. Hier je me sentais mal à l’évocation d’un nom. Aujourd’hui je me suis sentie mal, mal de savoir comment l’esprit humain a pu planifier et cautionner autant de barbarie.

Sur la route me menant ce matin dans le premier camp de concentration que je devais visiter, je regardais cette ville. Morosité et calme étonnant. Mais vu d’un bus, ceci n’avait rien d’étonnant. Et il était huit heures du matin. Et à cette heure par ce froid, c’était chose courante. Et nous voici devant le musée, un des camps de la mort pour les victimes de la Shoah.

A priori bel endroit, mais ne mesurant pas l’ampleur de ce qu’il cachait, il m’était difficile de ressentir quoi que ce fût. Même si je savais que des milliers de gens étaient entré là et n’en étaient plus ressorti, je ne m’attendais pas à voir autant de signes de  cruauté. Au début de la visite, des murs, en brique rouge. De beaux murs. Et la tristement célèbre devise du camp de la mort: « Arbeit macht frei ». Traduction: le travail rend libre. J’avais encore du courage, celui d’écouter jusqu’au bout comment les Nazis triaient les victimes. Comment on envoyait femmes et enfants à la mort en leur faisant croire qu’ils vont prendre un bain.

Avec ma caméra, je ne voulais rater aucun moment de la présentation. Il ne fallait rien rater. Rien rater de la barbarie des SS. Nous voilà dans le camp. Il fallait visiter les blocs: d’extermination, de tri, les laboratoires (où femmes et enfants servaient de cobayes aux nazis). Il faut du cœur pour supporter ce récit poignant. Mais je voulais aller au bout, par devoir de mémoire.

Je ne raconte pas une histoire linéaire. Je me vois revivre ce pèlerinage, en compagnie de Ginette une des deux rescapées nous accompagnant. Et puis la visite continue. Il fallait découvrir l’horreur de l’esprit humain. Comment l’extermination de personnes comme vous et moi a été programmée et planifiée. Je ne refais pas l’histoire mais elle nécessite d’être dite.

Des Joseph, des Sarah, adultes comme enfants. Envoyés à la mort comme de simples objets. Et puis on rend le crime supportable. Un orchestre leur jouait de la musique pendant que les SS triaient « les choses » qui n’étaient pas bonnes. On ne nommait pas les gens. Le gaz qui était destiné à leur extermination n’avait pas de nom: et pourtant, c’est du cyanure, dont certains cristaux sont conservés dans le musée. Je filmais parfois les interventions de Ginette.

Et puis vint  le temps de visiter les preuves matérielles de l’extermination de ces gens. Je ne sus plus à quel moment au juste j’avais rangé ma caméra. Je l’avais mise en poche. Puis discrètement m’essuyais les larmes à chaque mot de la guide du musée. La folie nazie n’avait pas de limite. Près de la chambre à gaz et des fours crématoires, je n’en pouvais plus. J’avais ma dose pour la journée. « Je ne veux plus continuer » je m’entends dire. Une fois encore, il fallait aller jusqu’au bout. La visite se poursuit, je découvre les caves. Celles où des milliers de personnes avaient brûlé après être passé dans les chambres à gaz. Et avant, j’avais vu des tonnes de cheveux de jeunes filles. Selon la guide, ils étaient revendus en Allemagne pour faire des matelas.

Et puis une autre chambre, leurs tombes. Ils n’en avaient pas eu. Mais leurs valises étaient leurs tombes car chacun s’étaient marqué dessus… Je n’en peux plus. Le reste je le garde pour moi. Mes mots sont si faibles que j’ai honte d’écrire ce que je vous écris.

Je sors du camp atterrée, émue au point où de toute la journée, je n’ai pu manger une miette. Mais il fallait partir pour le plus grand des camps de concentrations: Birkenau. Mais moi je savais déjà que je ne pouvais plus continuer. Je n’avais pas la force nécessaire pour entrer dans ce camp. J’ai préféré rester dans le bus. Deux heures et demi plus tard, on reprenait la route pour Cracovie.

Auschwitz, Birkenau, je n’y retournerai jamais. J’en ai la certitude.

Et certains responsables de cet acte ignoble qui ont disparu dans la nature sans laisser de traces. Au camp, on apprend que l’un des bourreaux est devenu pasteur. Pour prêcher quoi? Dieu est-il autant amour?

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4 réflexions sur “Auschwitz comme je l’ai ressenti…

  1. Bérénice dit :

    Beaucoup dans votre carnet
    ces lieux sont chargés de vécu et je vous comprends
    y retourner ne pas y retourner est une question dfficile
    en tout cas, vous faites bien de laisser parler votre sensibilité qui m’a l’air très grande vraiment grande
    ne vous faites pas trop mal non lus si ça ne va pas abandonnez la visite, votre conscience ne vous en voudra pas

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  2. J’ai visité le musée de la Résistance et de la Déportation à Besançon dans la Citadelle de Vauban. Je n’étais vraiment pas préparé à cette expérience.
    Il était question au départ de ce musée de l’arrivée au pouvoir d’Hitler, de la capitulation de Pétain, des actes de la résistance, de l’évolution du conflit puis la déportation. Aujourd’hui encore, je garde un souvenir de ce musée, et de ce parcours où la tentation de la fuite vous saisit devant tant d’horreur. Aussi, je devine un millième de ce que tu as pu ressentir en étant à Auschwitz, sur place, dans les locaux de la barbarie.

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  3. Voila moi je suis un jeune adolescent de 14 ans qui demain passe sur l’histoire des arts et j’ai eut le sujet la shoah et la deportations des juifs j’ai visité ce site car je trouve que tout ce que tu raconte sur ton texte explicatif est vraiment bien expliquer et même moi j’ai ressenti ce que tu as ressenti malgré que je n’ai jamais visité ce camp d’exterminations j’espere le visiter un jour même si sa ne doit pas etre gai et je trouve que expliquer ça a des jeunes adolescents comme moi permet de ne pas refaire les mêmes conneries que dans le passé

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