Sur les traces de la barbarie humaine…

Image d'archive du camp de concentration

Je n’avais pas saisi la portée de ce voyage jusqu’à ce que je n’entende quelqu’un dire dans un micro que nous sommes à un kilomètre d’Auschwitz. Toute une journée de manque de sommeil avait disparu et les nombreux tracas de la journée s’étaient évaporés, comme par magie. Parce que dans le même bus que moi, il y avait une femme, qui elle, était arrivée après un voyage de trois jours sans eaux, ni nourriture, entassée comme des sardines dans une boite avec sa famille.

J’ai les larmes aux yeux en écrivant ce billet. Le bus qui nous transportait (mes camarades et moi) s’est enfoncé à petit coup dans un espace peu éclairé à cause du brouillard. Il est 4h du matin. Mais le temps pour moi ne voulait plus rien dire. Le paysage est-il sinistre? Je n’en sais rien. Mais j’aurais souhaité qu’il le  fût pour que je puisse justifier la hauteur de la barbarie qui a eu lieu ici pendant la deuxième guerre mondiale. Des gens ont-ils encore le courage de vivre ici?

Et pourtant dans l’obscurité, je vois une ville endormie, trop endormie. Avant notre hôtel, nous avons dépassé un endroit où l il est écrit « Gaz ». Je ne sais pas ce que c’est (probablement un endroit ou se distribue le gaz domestique), mais pour moi depuis le début d’après midi, le mot n’avait plus le même sens. Quand je dépasse un camion, je me dis que s’il avait existé au temps de la Shoah, il aurait servi à conduire toutes ces personnes vers la mort. Avec peine, je descends de ce bus qui nous conduit vers l’hôtel, les larmes aux yeux. Je me retrouve dans une ville où des milliers de personnes sont mortes à cause de leur appartenance religieuse.

L’histoire dans les livres est si facile à vivre. Je l’avais apprise à l’école. mais sur les lieux mêmes du massacre des Juifs, j’ai perdu mes moyens. Demain, ou du moins dans quelques heures, nous allons visiter les camps de concentration. Comment vais-je le prendre? Je n’en sais pour le moment rien. Mais lorsque je montais dans ma chambre, je rencontre dans le couloir une femme qui avait survécu dans le camp de concentration. (Elle nous avait raconté une partie de son histoire dans l’après midi). Elle y a perdu père, frère de 11 ans, neveu de 14 ans. Elle leur avait demandé de monter dans ce camion, parce que fatigué. Mais elle comprit des jours plus tard, que la fumée qu’elle prenait pour une fumée de cuisine, n’était en réalité que le feu qui a consumé les personnes qui lui étaient chers. Et dire qu’elle n’a même pas pu leur dire au revoir! Avec un grand sourire, elle s’est dirigé vers sa chambre.

Et je suis restée pétrifiée par cette vue, celle qui va m’accompagner toute cette nuit, avant la visite du camp de concentration. Vais-je pouvoir dormir? …

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4 réflexions sur “Sur les traces de la barbarie humaine…

  1. Le nombre d’articles que tu as publiés sur ce voyage témoignent de ton émotion. Cette photo, il me semble que c’est celle qui figure sur la couverture de « Si j’étais un homme », de Primo Lévi, livre poignant, qui témoigne de la barbarie de l’homme dans toute son étendue.

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  2. Sami dit :

    Dans la barbarie, l’homme signe sa singularité sur les autres créatures. Il n’y a que l’humain à notre connaissance pour être capable de cela. KA, est-ce même sa dimension « irrationnelle » qu’on voit là? La raison dans sa méticulosité, je dirais. Tout est pensé, organisé avec une rigueur hallucinante. Marthe, si tu ne l’as pas encore fait, c’est peut-être le moment de lire La mort est mon métier de Robert Merle. Sur le même sujet, c’est aussi hallucinant de réalisme que la visite de ces lieux témoins de l’horreur humaine qui s’écrira toujours à des cycles non prévisibles, en des lieux différents, avec la même froideur. Le Rwanda… Ah, l’humain! Il est capable de tout. C’est peut-être en cela qu’il est aussi le plus dangereux des êtres connus.

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